Moi, Tintin, 42 ans, désenchanté

Luc Malghem, Lorent Wanson, in Scènes n°24, août 2009

Voilà 25 ans que Lorent Wanson vit par, pour, avec, à travers, à cause du théâtre. Rien en dehors, non ! Sa quête perpétuelle c’est l’Autre. si cette quête le consumait d’engagements radicaux en idéaux furieux, le chemin le mène, aujourd’hui, vers plus de nuances. Ou d’acceptation ? (Linda Lewkowicz)


Vous êtes un auteur politiquement engagé. Dans La Meilleure Volonté du monde [1], je ne peux m’empêcher de voir une mise en fiction de l’impasse désespérante où peut conduire l’engagement politique radical. Et d’en lire, à travers les deux personnages féminins, une synthèse paradoxale des doutes qui traversent l’auteur quand il écrit : accepter le système - l’inertie - ou en sortir - la fureur (à moins que ce ne soit l’inverse). Où vous situez-vous aujourd’hui dans votre engagement ? En phase d’embourgeoisement, comme la Première, ou tenté par la rupture, comme l’Autre – laquelle militait, comme vous, pour la régularisation des sans-papiers ?

Vos questions, et je m’en doutais, tournent autour d’une préoccupation difficile à exprimer pour moi à ce moment-ci de ma vie. Mais le jeu veut que j’y plonge comme quand il faut sortir les poubelles. L’écriture de La Meilleure Volonté du monde est en effet une photographie, l’instantané d’un tiraillement douloureux après 25 ans de spectacles auxquels, en fin de compte, ma vie se résume. Certains parlent de tel événement en se référant à la naissance d’un enfant, moi je dois le faire en référence à tel ou tel spectacle. Donc, j’ai 42 ans et je n’ai pas vécu. Je me suis égaré dans la création, attendant d’elle qu’elle définisse de moi ce que je ne parviens décidément pas à définir et que, phrase après phrase, dans le cas de l’écriture ou, action après action, pour la mise en scène, je cherche à pister pour enfin comprendre quelque chose de moi et du monde. Je n’ai jamais cherché à être radical. Et si, en effet, un spectacle comme Sainte Jeanne des Abattoirs [2] peut être vu comme politiquement marqué, la vie m’a amené à constater qu’aucun précepte idéologique ne fait le poids face à la puissance du réel et des contradictions qu’il impose. Lors de la lutte des ouvriers de Clabecq, j’ai vu la capacité des gens à s’unir et à faire des choses qui les dépassaient, excitaient leur intelligence et leur imagination. Mais il était évident que la notion même d’action en était la pierre angulaire. Le mouvement crée le mouvement. Alors sans doute pense-t-on qu’en créant les conditions d’un mouvement perpétuel, on créera aussi les conditions d’un engagement vers la justice facile et évident. A la fin du procès de Clabecq, malgré les acquittements, il y eut un découragement certain. Deux années de procès avaient réussi à injecter de l’inertie et, tout aussi puissamment, l’inertie amène l’inertie. Les mêmes hommes et femmes, tout aussi fantasques, imaginatifs et « courageux », se ferment, s’enfoncent, se cachent. Alors quel engagement ? Qu’engage-t-on de soi ? La rencontre de la lutte de Clabecq a été le premier révélateur pour moi de la nécessité et aussi de l’impossibilité d’un engagement. A partir de ce moment-là , chaque rencontre allait alimenter une inquiétude plus grande : ma position d’artiste « engagé » ne tenait pas la route, que pouvais-je savoir de la réalité dans cette position extérieure ? Jusque-là j’étais présomptueusement persuadé d’être utile. En fait qu’avais-je fait ? Une chansonnette, reprise au sommet de mon exaltation par des centaines de manifestants... Depuis, je n’ai plus fait aucun spectacle qui ne mettait au centre la question de l’engagement. Et après bien des rencontres avec des douleurs extrêmes, j’avais besoin de m’arrêter et d’écrire sur « pourquoi je ne suis pas un artiste engagé ». Plutôt sur pourquoi je n’arrive pas à l’être. Avec toute ma fureur dans cette inertie-là . De la même façon, je ne crois malheureusement pas à mon embourgeoisement, car je vous avoue qu’un peu de répit et de confort dans toutes les batailles qui m’agitent, je ne le refuserais pas... Quoi que, sans doute une culpabilité de plus viendrait s’y greffer de suite... Je ne crois pas avoir écrit une pièce où se confronteraient deux visions antagonistes de la vie, mais dans chaque moment j’ai tenté de pousser au plus loin les contradictions internes de la pensée elle-même. D’ailleurs j’aime que vous soulignez que l’inertie ne se trouve peut-être pas là où on pense. Tout ce que je sais, et qui me perturbe, est que je n’ai jamais été aussi plein que dans l’action – il y avait quelque chose d’absolument euphorique. Et je m’en méfie car là est peut-être la source de cet engagement, le plaisir qu’il y a pour soi à « aider » l’autre.

La Meilleure Volonté du monde (© Cassandre Sturbois)

Dans Looking for Dragone de Manu Bonmariage (2009), on vous voit, à Las Vegas, vous rendre en limousine à l’anniversaire de Franco Dragone... que je ne peux m’empêcher de retrouver dans l’Homme de La Meilleure Volonté, entre autres par la similarité du parcours : passé du théâtre-action au spectacle à paillettes pour l’un, de la médecine humanitaire à celle de la chirurgie esthétique pour l’Homme. Faut-il comprendre que vous préparez quelque chose avec Franco Dragone ?

Vous êtes bien entendu maître de votre analyse à laquelle je ne souscris absolument pas... Vian : « Je ne veux pas crever avant d’avoir connu les chiens noirs du Mexique qui dorment sans rêver, les singes à cul nu dévoreurs de tropiques »... Je ne prétends pas connaître les gens avant de les connaître, je n’ai jamais prétendu faire un spectacle sur la pauvreté avec les Ambassadeurs de l’ombre, ni sur la guerre avec Rupe, ni sur le Congo avec Africare. Depuis des années, mon parcours est autant le fruit du hasard que d’une volonté de chercher les bonnes personnes pour dire ce que j’ai à dire. La rencontre avec Franco Dragone est de la même nature. Il y a dix ans, il m’aurait été inimaginable de travailler ailleurs que pour le service public, c’en était d’ailleurs un peu folklorique. Parfois nous étouffons sous nos pseudo-principes. Je le dis en ricanant car je suis envers eux d’une intransigeance douloureuse et vaine. Le projet auquel Franco Dragone m’a proposé de participer est une manière différente de partager des questionnements sur le monde, avec des publics auxquels, nous, dans notre pratique, n’avons pas accès. Mon chemin est celui-là . Qu’on le trouve cohérent ou non est une autre question.

Des plus démunis au plus mercatique de nos metteurs en scènes, le grand écart est-il soutenable ? une opportunité ? un défi ? un moyen ?

Si je travaillais dans un opéra, à faire une version extrêmement pointue d’une oeuvre du 19e qui s’adressera à un public trié sur le volet, me poseriez-vous la même question ? Cette année, je me suis confronté à bien des défis, la mise en scène d’un des textes les plus énigmatiques de la littérature wallonne, Un Faust, de Jean Louvet, la composition musicale et l’écriture de Yaacobi et Leidental de Levin, l’écriture et la mise en scène de La Meilleure Volonté du monde. Ajoutez à cela les représentations de La Mouette mise en scène par Delcuvellerie, les suites d’Africare, une création participative à Santiago de Chili, et parallèlement cette expérience toute nouvelle pour moi. Les grands écarts sont légion. En cette année, je me suis rendu compte, en toute honnêteté, que ce que je croyais avoir acquis, à savoir une certaine science de l’état du temps, de l’ici et maintenant, d’une prétendue adéquation avec mon époque, tout ça s’est fissuré, a été mis en doute. Voilà , le monde a changé, le public change, les inquiétudes changent. Les miennes aussi : avant je pouvais facilement penser que mon travail suffisait à ma vie pour la remplir. Maintenant je sais que non, même si je ne fais rien pour que ça change. Je ne crois jamais avoir pensé en termes de continuité. Je ne peux pas commencer un projet sans l’idée saugrenue qu’il sera le dernier. Je fais cet entretien et je me rends compte que je le fais comme un testament. Ce qui me dérange dans cette question en fait, c’est l’idée que le théâtre, et l’engagement théâtral, soit fondé sur une forme de sacrifice. Tout est expérience. Ni opportunité, ni défi, ni moyen : une expérience, car je ne connais encore rien du monde et je ne veux rien regretter.

Vous êtes connu pour donner la parole aux exclus, à ceux qu’on n’entend jamais... Qui est au service de qui ? Est-ce d’abord une démarche artistique, politique, ou plutôt, en soi, un but ? Quelle dialectique entre le message et l’esthétique ? Y a-t-il parfois (risque de) conflit ?

Je me répète : la question de mon travail n’est ni la misère, ni l’exclusion, ni la souffrance. C’est la rencontre avec l’altérité. S’il y a une question politique là -dessous, elle est exclusivement liée au partage de la parole, de l’Histoire. Une litanie pour moi de dire que, l’Histoire n’étant écrite que par une marge extrêmement limitée de gens, une énorme majorité de la population mondiale dans l’Histoire n’a jamais existé. Mes démarches tendent à redonner, avec mes moyens limités, une place à ces acteurs. Je me refuse à une Histoire capturée par des spécialistes. Les véritables experts sont ceux qui ont traversé les expériences. J’essaie juste de trouver les moyens artistiques adéquats pour transmettre cette parole, de donner des noms à ceux qui ne se retrouvent que dans les statistiques. Je revendique aussi que ce n’est pas un acte social ou militant. Je ne prétends pas être un expert de la parole des inaudibles. Si je suis expert (et encore limité) de quelque chose, c’est dans l’écriture du plateau. M’intéresse la richesse des gens, leur capacité de résistance, pas la démonstration de leur aliénation. Le partage des savoirs et des expériences. Qui utilise qui ? Qui dans ce monde peut croire qu’aucune relation ne soit désintéressée ? Ce serait mentir. Oui, il y a intérêt, sans intérêt, il n’y aurait rien. Cela me rend fatalement méfiant et plus inquiet car j’ai abandonné beaucoup de naïveté, même s’il m’en reste assez pour être encore en colère. Peut-être tous ces récits de la réalité sont-ils des miroirs de la guerre intestine que je me livre et dont la Meilleure volonté du monde n’est qu’un aperçu, je dirai... léger...

En quoi le volet de votre travail avec les « invisibles » peut-il nourrir les mises en scène du répertoire plus classique ?

Je dirai que cela a procédé dans l’autre sens. Travailler avec ceux qui ont traversé les expériences rend difficile pour moi la représentation de cette expérience, son incarnation. Dans Rupe, par exemple, une actrice cherchait à jouer un des témoins et celle-ci ne cessait de la corriger. Je n’ai jamais cru à la notion de personnage, donc y compris avec le répertoire classique, et je m’arrange pour donner une représentation potable du monde, tout en me sachant en deçè . Je tricote pour ne pas employer les mots « réalité » et « vérité », concepts selon moi absolument subjectifs. Sans doute sommes-nous tous traversés par des émotions similaires mais elles ne s’expriment jamais de la même façon. Donc, quand je tente de diriger un acteur, c’est bien le choc qui s’opérera entre lui et le matériel qui m’intéresse, pas ce que l’oeuvre préétablit, ni ce que l’artiste fantasme. Dans le travail plus classique ou sur ces travaux particuliers, le personnage principal est le Maintenant.

Sainte Jeanne des Abattoirs au National : sans doute le spectacle qui m’a le plus remué de toute ma vie de spectateur (l’émotion du collectif, l’envie de se lever et d’aller tout casser avec les ouvriers de Clabecq). à la sortie, néanmoins, je suis sagement rentré chez moi. Le théâtre – l’art en général - peut-il soulever les foules, ou fonctionne-t-il plutôt comme catharsis – la révolte par procuration, donc, concrètement, l’absence de révolte ?

J’ai un rapport très particulier à ce spectacle et à ce qu’il vous renvoie. Je me souviens de représentations où le public à la fin entonnait l’Internationale, certains acteurs au salut le reprenaient. J’étais mal à l’aise. Avec Sainte Jeanne, bien sûr j’étais persuadé de faire oeuvre utile et révolutionnaire, le désir de conscientiser les masses et tout ce vocabulaire qui était le mien et que je ne renie pas. Je rêvais que Sainte Jeanne soit diffusé en direct à la télévision, tourné comme une retransmission sportive ou comme un direct de guerre... Je voulais faire rentrer le débat quasiment par la force. J’ai vécu des expériences où je faisais partie de ce qu’on appelle les casseurs, l’euphorie de la sensation de participer à l’histoire et de la bousculer, j’en garde une certaine nostalgie. Avec le recul, je crois que le rôle de l’art, s’il lui faut un rôle, est de créer de la perturbation, de la question, du débat et de l’inconfort, pas de la provocation, ni des messages, mais du divertissement, dans le sens noble du terme. Pour soulever les foules, je crois qu’il faut qu’il y ait communion. Or, le théâtre ou l’art en général cherchera peut-être plutôt là où cela divise, où l’intime et le collectif sont remis en chantier...

Et montrer/donner à entendre la misère... Où situez-vous la limite entre voyeurisme et théâtre immergé ?

Le voyeurisme, c’est regarder à l’insu. Il n’y a pas une phrase dans Africare ou les Ambassadeurs de l’ombre qui n’ait été amendée et soutenue par le participant. Et si je prends le cas d’Africare, l’essentiel est dans la fin de chaque intervention : ils sont vivants, ils ont traversé ces expériences terribles, ce sont des résistants. Ces histoires méritent-elles ou non d’être connues, là est la question. Si ces récits ne deviennent légitimes que quand un historien ou un sociologue les inscrit dans l’Histoire, voilà un autre problème. Ce n’est pas tant par ailleurs une question de mémoire qu’une question de Ici et Maintenant.

Un Belge d’origine congolaise m’expliquait son indignation devant Africare [3] – « un zoo humain » selon lui, et me soulignait l’obscénité de représenter la souffrance réelle, particulièrement dans la culture africaine, et l’impossible retour des comédiens à la vie normale (quand ils reviennent d’Europe, on leur jette des cailloux, m’affirme-t-il)... Que lui répondre ?

La plupart des compagnies théâtrales au Congo sont financées par des organismes humanitaires pour des spectacles de sensibilisation à différents fléaux. S’ensuivent une série impressionnante de contradictions. Le théâtre congolais est plein de représentations de la souffrance réelle... Je connais ce genre d’attaque. Pour Les Ambassadeurs, un sociologue néerlandophone répliqua à peu près la même phrase. Un participant du spectacle, furieux, se leva et lui demanda s’il les considérait comme des animaux. Nous avons joué plus de trente fois Africare au Congo, et je n’ai jamais senti que nous paraissions obscènes. Bien entendu, nous nous déplacions toujours en tank grillagé pour nous protéger des pierres qu’on nous lançait... Pour être sérieux, ce spectacle a été couvé au Congo avec des Congolais. Que vous dire, sinon que chacun est libre de projeter ce qu’il veut sur ce qu’il voit ? L’accueil d’un spectacle comme celui-là n’a d’ailleurs cessé de se modifier. De cela, les créateurs ne sont jamais libres. Au Chili c’était incroyable à Avignon, plus difficile. C’est toujours en partie le spectateur qui fait le spectacle.

L’engagement humanitaire – violemment mis en question dans La Meilleure Volonté du monde – et son équivalent artistique ne portent-ils pas en eux, inéluctablement, une forme de paternalisme et/ou de néo-colonialisme ?

Une des pierres angulaires de la pièce est bien entendu celle-là . Et je me mets dans la perspective de ce risque. Il est évident qu’on va résoudre quelque chose avec soi-même quand on s’engage. Et inévitablement, on se trouve confronté à des situations problématiques car elles mettent en jeu des conditionnements qu’on voudrait à tout prix refuser. Je sais que je traîne l’image du bon blanc, du Tintin, et cette image, autant elle me fait horreur, autant je dois bien admettre que je ne fais rien pour la démentir. Donc je dois bien continuer avec l’idée que, quoi que je fasse, ce sera suspect. Alors, à part me faire ermite dans le désert avec quelques chèvres, ou me tirer une balle dans la tête en hurlant maxima culpa, que puis-je faire qui ne soit pas de la justification ? Depuis des années, je cherche une manière de dire l’altérité, je me suis abîmé, je me suis rempli, je me suis emporté, déporté. Je ne crois ni avoir fait oeuvre utile, ni avoir outrepassé quelque limite que ce soit. Un spectacle, une pièce, ne sont jamais que des cartographies de là où on est avec, dans le meilleur des cas, une perspective pour un autre chemin. C’est surtout le résultat d’une expérience toujours singulière et sur ce point précis, je ne parle pas de la réussite ou non d’un produit fini, mais du chantier humain qu’est toujours la création. Dans le chaos des informations et la vitesse à laquelle elles nous parviennent, l’Histoire s’écrit sous les yeux avec de l’encre jamais sèche. Et chacun l’écrit d’où il est sans recul possible. Notre monde est un énorme palimpseste indéchiffrable qui augmente notre perplexité devant sa complexité. Les petits récits d’Africare ou la plongée dans La Meilleure Volonté du monde, au noyau de cette perplexité, je les voulais comme des ralentissements. Les personnages de la pièce ne sont pas construits selon des cohérences sociologiques ou psychologiques, ils agissent par fuites, tentant d’aller au bout des questions, au nerf, à l’os. Ainsi la dénonciation de l’engagement humanitaire n’est pas une mise en cause, mais l’analyse des contradictions qui agitent celui qui traverse cette expérience. A la fois la sensation d’être indispensable et la conscience d’être un outil à d’autres fins. Cette partie est écrite de façon épique car elle nécessite cette emphase et cette distance pour raconter une relation à la grande Histoire – celle, finalement, de la mutation colonialiste en assistance imposée.

Alors que faire ? que faire ?

J’ai constaté que, dans la plupart des choses que je fais, je ne peux m’empêcher à la fin d’ouvrir une porte, de donner de l’air. Ces deus ex machina agissent en définissant une autre relation au monde. En fait, je sais aujourd’hui qu’ils agissent, non pour donner un message, mais pour me donner au moins un peu d’espoir. Ce qui fait le « drame » dans La Meilleure Volonté du monde, ce n’est pas tant ce qu’ils font que ce qu’ils croient avoir le devoir de faire. Que faire sinon créer des espaces de « vérité », d’acceptation de nos failles, de nos fautes, de nos errements ? Que faire, sinon créer l’espace vital où l’altérité nous rendrait disponible à une mutation, à la découverte de l’autre en nous ? Un espace de mouvement, joyeux et libérateur, qui tolérerait nos peurs et nos impossibles, qui ferait de toutes les contradictions le terreau d’un monde jamais idéal, mais en chantier, pas enchanté, rugueux. Créer un espace libéré de la morale. Mais par où commencer, pas où commencer ?

Et enfin, pourquoi le théâtre ?

Je ne sais plus. Des corps dans l’ici et maintenant qui tentent quelque chose de cet ordre-là . De la pensée dans le corps et de la sensualité dans la pensée... L’espoir de transformer le monde et soi, mais de façon si éphémère. Vraiment je ne sais plus. Parce que les choses n’y sont jamais finies, que chaque soir elles se relativisent de nouveau, offrent de nouvelles voies et en referment qui seront rouvertes le lendemain. Parce que chercher ensemble... Se tromper ensemble, rire, s’énerver, défendre ses idées, puis les égarer en chemin, puis être sûr, être inquiet. Parce que ça en coûte à chaque fois, mais que ce n’est jamais plus grave ou plus important que ça.

Notes

[1La Meilleure Volonté du monde, de Laurent Wanson (éd. Lansman), raconte les retrouvailles de deux amies d’adolescence. Loin de leurs rêves et de leurs engagements, la Première a réussi, s’est rangée, l’Autre a renoncé, s’est retirée. Création au théâtre Le Public en juin 2009.

[21997 : après la faillite retentissante des Forges de Clabecq, (une partie de) la Belgique se mobilise derrière les ouvriers en colère, à la tête desquels Roberto D’Orazio. Bienvenue dans la mondialisation. C’est dans ce contexte que, Laurent Wanson monte le brûlot anticapitaliste de Bertold Brecht, Sainte Jeanne des Abattoirs (1931). Lui-même s’essaiera brièvement à la politique sur la liste D’Orazio.

[3Africare, pièce conçue et mise en scène par Laurent Wanson au Congo en 2007, à partir de témoignages de Congolais sur les drames qui ont jalonné la République Démocratique du Congo.