Alain l’Africain

Luc Malghem, Pierre Lorquet, Sabine Ringelheim, monologue, 2010

Lorsque Alain débarque à Bruxelles, il se sent brutalement dépaysé, pas à sa place, comme étranger. C’est vrai qu’il est originaire de Liège. Mais pourquoi tout le monde l’interroge-t-il sur ses origines ? Pourquoi les portes se ferment-elles sur son passage ? Pourquoi cette condescendance, cette méfiance, ou au contraire cette familiarité pesante ? Lorsqu’on ne murmure pas dans son dos, on lui secoue l’épaule en rigolant bien fort. Tout le monde le tutoie. Personne ne lui fait confiance. Et tous les appartements qu’il visite sont mystérieusement déjà loués. Faut vous dire, Madame : Alain est Noir..


Alain l’Africain, seul contre tous

(Marie Baudet, La Libre Belgique, 27/10/2006)

Trois auteurs et un comédien, pour parler d’un sujet souvent abordé, pas encore résolu : les a priori, la difficulté de se loger quand on n’a pas le « bon teint » des indigènes, l’identité en fin de compte, qui devient obsession pour celui devant qui sans cesse les portes se ferment. Alain arrive gare du Nord. Manhattan, Bruxelles... « J’ai 29 ans, personne ne m’attend et c’est ma force. » Il a rendez-vous avec la propriétaire d’un appartement à Schaerbeek. « Déjà loué », s’entend-il répondre bientôt, premier d’une longue série de refus. Alain arrive de Liège, avec sa valise, sa carte d’identité, ses espoirs, sa peau un peu foncée, qui suffit à faire resurgir les préjugés.

Pierre Lorquet, Luc Malghem et Sabine Ringelheim ont imaginé cette histoire si terriblement ordinaire. Frédéric Lubansu lui donne corps et voix, dans une mise en scène généreuse et habile de Sylvie Landuyt. Celle-ci parle, pour ce spectacle, de nécessité, d’acte de citoyenneté : « Essayer d’éveiller les consciences. Tout simplement. Sans prétention ni revendication. Témoigner d’une réalité parmi d’autres. Avec un peu d’humour ! » Les intentions sont claires, le résultat limpide, qui prend le risque d’exposer les clichés qu’il dénonce mais n’ôte rien à la complexité des questions qu’il soulève.

Quant aux moyens, ils empruntent les voies de la technologie sans s’y noyer. Projection de vidéo (Manu Yasse) et de photos (Alessia Contu), son (dont certaines parts de dialogues en voix déformée, et parfois une touche d’amplification) et musique (Hugues Fanuel) participent de cette création dont le propos, certes pas neuf, demeure nécessaire. Au total on passe une heure généreuse, drôle, sensible.

Monologue adapté de la fiction radiophonique éponyme - photo (c) Alessia Contu.