Coup de gueule

Diable ! Dieudonné ?

Luc Malghem, in Scènes n°22, novembre 2008

Pour sa vingtième saison, la direction artistique du Varia a programmé le très controversé Dieudonné. Après concertation avec le C.A. et suivant la devise de son président « Fais ce que dois », le Varia a décidé à l’unanimité de souffler ses bougies sans le père de Judas. Pourquoi ? Comment ? La faute aux sionistes ? à Le Pen ? Est-ce vraiment la question ? (Linda Lewkowicz)


Acte 1. Je me mouille.

Je n’ai jamais compris en quoi ce fameux sketch qui, un jour, a fait basculer l’ex-sympathique humoriste du côté du Mal, méritait un tel tollé. Déguisé en colon israélien, Dieudonné M’bala M’bala, dit Dieudonné, ponctuait une envolée sur les vertus de l’axe américano-sioniste d’un « Isra-heil » peut-être de mauvais goût, peut-être même pas très drôle, mais que je sache la reduction ad hitlerium [1] est depuis soixante ans l’argument tarte à la crème pour disqualifier un adversaire politique. Et par ailleurs, les comiques qui ne me font pas rire du tout courent les salles – même si, généralement, on se garde bien de les programmer au Varia.

Que l’équipe artistique du Varia choisisse d’accueillir Dieudonné dans l’optique d’une programmation différente, à l’occasion des vingt ans du lieu, ne me paraît pas si incongru qu’on a pu le souligner. D’une part, le personnage promène son public, qui n’est pas toujours celui qui hante les foyers de théâtre, et donc justifie qu’on l’y conduise. D’autre part, la question du talent mise à part, ce type pose vraiment question et donc mérite débat, ce que le Varia aime à susciter, je crois.

Que, dans un second temps, le Conseil d’administration du Varia déprogramme l’humoriste n’a rien de particulièrement scandaleux non plus. J’imagine mal son président, qui est aussi un politique socialiste, Yvan Mayeur, ravi de se découvrir mêlé à la programmation d’un artiste qui se lance en duo avec Jean-Marie Le Pen. Même si, de cela, Dieudonné s’en explique de manière assez cohérente, on se prend les boycotts qu’on cherche. Pas scandaleux donc, mais déjà plus discutable quand, pour bétonner la rupture d’une convention, on se réfugie derrière des « menaces » et un très nébuleux risque « d’atteinte à l’ordre public. » Outre que ça peut laisser la fâcheuse impression qu’il y a prime à l’intimidation, c’est surtout terriblement maladroit quand on sait de quel genre de fantasmes se nourrit l’antisémitisme...

Je me souviens, au même Varia, d’un spectacle d’Armel Roussel, Pop, au cours duquel une leçon de provocation se concluait par la mise à feu d’un drapeau belge planté dans l’anus d’un comédien. Il paraît qu’une délégation de la Ligue des Familles avait quitté la salle pour protester. Comme ledit comédien avait l’air de beaucoup s’amuser, j’avais souri de bon coeur, ainsi que la majorité du public, je crois. Rétrospectivement, je me demande si un acte similaire, le drapeau national dans ton cul et j’y fous le feu, exécuté par une compagnie issue d’une minorité visible, comme on dit aujourd’hui, aurait bénéficié de la même indulgence rigolarde. Passons. Force est de constater qu’au Varia, la provocation consiste en 2008 à mettre Dieudonné sur une affiche. Pourquoi ? A cause de l’hystérie des Sionistes, répondra celui-ci, qui en voit partout et certainement pas moins en Belgique, pays des diamantaires...

Parenthèse. Je me sens d’autant moins sioniste ou antisioniste que je crois le concept même de sionisme totalement hors sujet aujourd’hui. Depuis que je lis régulièrement la traduction d’articles tirés d’Haaretz [2], la politique menée en Isra« l me donne souvent envie de rendre mon cassoulet. Mais c’est le monde en général qui souvent me soulève l’estomac. Et pour être honnête, si j’ai parfois trouvé équivoque cette tendance à surinvestir la cause palestinienne par rapport à d’autres [3], je ne dénie à personne le droit de combattre la politique de l’Etat Isra« l, jusqu’à la fixation obsessionnelle si l’on veut. Les membres du fan club du Dalaï Lama ne sont pas obligatoirement sinophobes que je sache. Fin de la parenthèse.

On ne transige pas avec la liberté d’expression, plastronnait Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo, pour justifier la publication des caricatures danoises de Mahomed, devant les caméras d’une France tout entière acquise à la cause de Voltaire (quelques millions de citoyens musulmans exceptés). Ha ha ha. Quand le même Philippe Val licencie le dessinateur Siné pour antisémitisme, suite à une chronique jugée par beaucoup assez anodine au regard de la production habituelle du bonhomme [4], quand les prescripteurs d’opinion habituels du PAF – les mêmes qui dans l’affaire Redecker [5], répétez en coeur, n’étaient-pas-d’accord-avec-ce-qu’il-disait-mais-se-battrait-jusqu’à -la-mort-et-cetera –, quand les éditorialistes du PAF donc condamnent à l’unisson le dessinateur Siné, renvoyé au rang, excusez du peu, des Brasillac, Drumont, Maurras [6], je me dis que si le ridicule ne tue pas, il a le triste mérite de souligner que la liberté d’expression est surtout celle d’exprimer les idées de la majorité dominante. Et que le droit au blasphème n’est que celui d’enfoncer des portes déjà grand ouvertes. Le vrai sacré, le nôtre, désolé c’est sacré.

Le Vif-l’Express du 19 septembre 2008. Dans un article sobrement intitulé « Dieudonné, ex-humoriste », Thierry Denoël, lassé par ses bravades nauséabondes (sic), se félicite de l’annulation de ce spectacle de propagande (sic), qualifiant sa programmation par le Varia d’incroyable bourde (resic). Et de lire ça dans un magazine qui, un mois auparavant, peinturlurait sa une d’un très lepennisant « Comment l’Islam gangrène l’école [7] », j’ai besoin d’ouvrir la fenêtre. Je rêve ou quoi ? Tartuffes ! Enfumeurs ! Racistes !

Qu’on ne se méprenne pas : je n’ignore pas que Dieudonné fréquente depuis quelques temps des gens, disons, peu recommandables. Ni qu’il a pu déraper, tenir des propos ambigus, voire très ambigus, si l’on cherche, on en trouve – et pour ça, vrai, on le cherche, Dieudonné, même moi, ce n’est pas de son goût pour la musique manouche que j’ai envie de l’entretenir. Mais c’est sans doute aussi l’histoire d’un mec qui se prend dans la gueule un procès pour antisémitisme, procès que, à tort ou à raison, on peut en discuter pendant 150 ans, il juge injuste, et alors ce mec, provocateur de métier, de bras d’honneur en petite phrase cinglante, de sketch auto-parodique en happening improbable, finit par s’enfermer dans le rôle qu’on lui taille, et devenir une caricature de lui-même. Avec une certaine bonne volonté, d’accord. Parce que sa profession, à lui, c’est aussi la caricature.

Tout cela pour conclure que s’il fallait réduire au silence ou empêcher de travailler tous les gens dont le discours me révolte, réflexion faite, j’aurais une longue liste à proposer... Mais moi non plus je n’aime pas les listes. Et puis, il faut que je vous dise aussi : je suis allé voir son spectacle, et il est plutôt très drôle, l’ennemi Dieudonné. Les ressorts de l’humour sont souvent cruels, et ma foi...

Acte 2. J’ai fait le con.

Impasse de la Main d’Or, Paris, XIXe, 9 octobre. Avec une certaine excitation due à la sensation pas désagréable de m’aventurer en territoire interdit, je m’apprête à assister au dernier spectacle de l’ex-humoriste : « J’ai fait l’con », ça s’appelle. Tout un programme. La petite salle est pleine. Guère de crânes rasés ou alors cachés sous des casquettes, dans un public plutôt jeune et bigarré, très black blanc beur comme on disait jadis dans l’Hexagone, avant que des hordes malsaines et majoritairement black beur n’outragent très gravement la Marseillaise en la sifflant au Stade de France (identification vidéo, poursuites judiciaires, six mois de prison, déchéance de la nationalité, expulsion) (je ne sais pas vous mais, désormais, au bon mot de Voltaire, je suis pris d’un fou rire irrépressible). Bref. J’ai beau tendre l’oreille, rien à signaler, sinon la franche impression que l’irruption de Le Pen dans le tableau jetterait comme un froid.

Noir. Une voix – celle de Dieudonné – demande aux spectateurs d’éteindre leur portable, et cela en mémoire de toutes les victimes de la seconde guerre mondiale. Hilarité générale. Si ça ne vous fait pas sourire un tout petit peu, il est probable que cet article vous aura irrité depuis le début. Je m’en excuse, mais c’est ainsi : ce type tire sur tout ce qui bouge, et d’abord depuis les positions où il se juge acculé. Le premier sketch d’ailleurs sur la genèse du baptême de sa fille par Le Pen – « Allo Jean-Marie j’ai une idée. Je ne te dérange pas ? Comment ? Tu étais en train de torturer un chat dans le jardin ? »... Et d’expliquer, cynique, la nécessité d’un coup de cet acabit pour contourner l’omerta. Globalement pas très drôle mais normal : il se justifie. Embraie sur un texte atroce qui évoque la disparition des Pygmées suite à la déforestation – très puissante justification de celle-ci par la nécessité de fabriquer des bâtonnets pour faire tenir la crème glacée. Un peu après, ça devient gore, comme du bon Villemin...

Petite précision que tu attends certainement ami lecteur : guère de représentants du peuple élu (hum) dans les cibles du soir, sinon un sketch archi morbide où, à la suite de Sarkozy qui proposait que chaque écolier se voie confier le fantôme d’un mort de la Shoah, Dieudonné imagine que tout spectacle dorénavant devra comporter son personnage de Juif déporté. POUR NE JAMAIS OUBLIER LA SOUFFRANCE, VOUS COMPRENEZ !!? Impossible de déterminer si c’est le jeu de l’humoriste qui suscite le malaise, ou la réalité qui l’inspire. Une petite phrase ou l’autre qui me laissent perplexe mais l’impression générale que, si racisme il faut chercher dans les ressorts du spectacle, c’est surtout du racisme anti-cons. Et comme des cons, on en trouve de bien bruyants dans toutes les communautés, ça dézingue tous azimuts. On ne peut pas rire avec tout le monde, prétendait l’autre. Dieudonné fait comme si. Brouille les cartes. Saute d’un registre à un autre avec un sens de l’énormité qui entraîne de facto la suspension de toute possibilité de jugement. Une sorte de foire aux préjugés qui, pris tous ensemble, s’annulent. Risqué mais réussi. Un vrai talent de comédien aussi, quand il se transforme en Colin Powell ou en Delarue. Mais là , c’est tellement politiquement correct que c’en devient simplement hilarant. Ultime changement de registre, radical, avec en guise d’hommage à Nougaro, une manière de slam racontant la Palestine à travers le cheminement d’un jeune homme ceinturé d’explosifs. Incongru, noir de noir mais paradoxalement lumineux. L’autre soir devant ma télé, j’ai noté une jolie phrase de Romain Bouteille qui disait, en substance : « un humoriste qui sort de scène avec l’absolue certitude de n’avoir rien commit d’irréparable, c’est louche, c’est de l’humour de riche... » Pas mal vu du tout. Et contrairement à ce que j’attendais à la lecture de certains forums dieudophiles, je n’ai jamais ressenti les rires de la salle comme malsains. Conquis d’avance, prêts à éclater au moindre froncement de sourcil du héros du soir, oui, mais pas malsains. Lè -dessus, on me fera remarquer que c’est surtout dans le hors-scène que notre olibrius débloque. Ça tombe bien, je le rencontre demain.

Entracte. Où l’on zappe (une niche à prendre)

Avant d’aller me coucher, la tête pleine de questions, je me vautre devant la poubelle, pardon le téléviseur, et là , authentique, une hallucination : Laurent Ruquier, qui présente un certain Fabrice Eboué, soit, annonce-t-il... le nouveau Dieudonné. Rires du plateau : en effet, il en a la tête. « C’est vrai, je suis métis, confirme le clone, barbichette et coiffure hirsute. Hélas, poursuit-il, je cumule les inconvénients : je danse comme un Blanc et je nage comme un Noir... » Explosion de rires, bravo ! bravo !

Soupir...

Acte 3. Dialogue avec le diable

Théâtre de la Main d’or, le lendemain. Conversation avec Dieudonné. Beaucoup moins cassant dans un fauteuil que sur la scène, ouf. Ne mâche pas ses mots mais prend soin de les soupeser. Pourquoi cette déprogrammation ? Les Sionistes, évidemment. Ce sketch, un jour, chez Fogiel... L’hystérie du lobby... Le chantage à l’antisémitisme comme bouclier...

— La communauté juive a quand même quelques raisons de se montrer particulièrement vigilante sur la question, non ?
— Sur plein de questions ! Cela dit, « la » communauté juive ? Il est un peu difficile de faire l’amalgame...

— Mea culpa...
— Oui. Mais si communauté il doit y avoir, je dirais que c’est une communauté bien bruyante, quand il s’agit de parler de la souffrance. J’aurais envie de leur dire, à ceux qui s’en autoproclament les représentants : « Bienvenue au club de ceux qui en ont un peu chié, maintenant gerbe ta chialerie avec un peu de dignité, merci. Parce qu’il y a des peuples qui souffrent et qu’on n’entend pas. »

— La place particulière de la Shoah dans l’enseignement de la mémoire vous paraît illégitime ? Pour des raisons de proximité temporelle et géographique, entre autres, vous ne pensez pas que ça peut se justifier ?
— Non, ce n’est pas plus proche de nous que la colonisation, qui est un sujet qui a touché plus de monde, qui a duré plus longtemps, qui a fait plus de victimes. Alors pourquoi avoir sorti de l’histoire cette période, qui est une période noire parmi d’autres ? Sortir une période de l’histoire, c’est hiérarchiser, c’est forcément entraîner une compétition des victimes de crimes contre l’humanité...

— C’est ce qu’on vous reproche souvent...

Le Pen ? La poignée de main avec l’ennemi de toujours comme conclusion d’un parcours antiraciste. Un être humain aussi, malgré tout. De l’usage de la diabolisation dans le discours politique. De la responsabilité des Mitterrand, Chirac, dans le pillage de l’Afrique. De la politique raciste de l’Elysée qui, aujourd’hui, rabaisse la France à l’époque des rois. Le vrai racisme n’est pas toujours là où l’on imagine...

— Ce baptême, dont vous dites que c’est une rumeur ?
— C’est certainement la performance artistique qui m’a demandé le plus de temps et de travail. J’ai livré là matière à la réflexion et au débat, tant mieux.

— Vous auriez pu faire ça avec Sarkozy ?
— Sarkozy, parrain de Judas ? Oui, je pense qu’il ferait un excellent parrain.

— Quand vous dites que Judas est le prénom de votre quatrième enfant, c’est aussi une rumeur ?
— Non, c’est son prénom.

— Vous répondez quoi à ceux et celles qui considèrent qu’infliger Le Pen comme parrain à son gosse, ou Judas comme prénom, c’est un mélange des genres impardonnable ? Qu’on peut tout pardonner mais pas ça ?
— Alors, il ne faut pas me pardonner... En quoi Judas n’est pas un joli prénom ?

— Il a un certain poids...
— Judas était en effet le dernier des apôtres, mais moi qui ai grandi dans cette tradition chrétienne, je pense qu’il est innocent. Et je me reconnais en lui. Je pense que, tous, nous trahissons le Christ chaque matin. Je trouve que Judas est un personnage chargé de mystère et je trouve que c’est un magnifique prénom.

— Singulier pour un non croyant de vouloir réhabiliter une figure biblique...
— Je m’appelle Dieudonné, c’est donc aussi Judas, fils de Dieudonné. J’y vois une sorte de logique, moi qui ai porté ce prénom dans une société où il était plutôt peu courant. Donc voilà , je suis assez fier de ce prénom – et de mon fils de manière générale (rires). Il le porte très bien, et lorsqu’on me demande si j’ai pensé à mon enfant, je réponds : autant que n’importe quel père. Judas est un beau prénom, qui amène aussi l’autre à exercer son sens critique. Parce que pour son environnement, pour ses camarades, ses frères et soeurs, mon fils n’est plus le Judas de la bible, il est Judas, il a effacé l’autre (rires).

Relativité de la notion de politiquement correct. Ce qui est polémique pour les uns ne l’est pas pour les autres. Se mettre en risque, oui. Chercher à se surprendre. Mais rire. Le rire comme une manière habile de vivre avec les autres. Le rire pour avancer, pour survivre. Rire de tout, et avec tout le monde, oui, certainement...

— Quelle que soit la nature du rire ?
— Oui. Personne ne peut déterminer la nature d’un rire... Personne ne peut savoir ce que provoque une saillie drolatique sur une histoire personnelle... J’ai en tout cas le sentiment que mon rire rassemble.

— En jouant sur différents registres du rire ?
— Peut-être, mais n’est-ce pas là le lot de l’humoriste ?

— Je faisais particulièrement référence au sketch sur les Pygmées : vous le commencez dans une forme d’autodérision teintée de cynique – vous traitez par l’absurde de la place de l’Occidental dans le monde – puis vous tombez, avec un peu de complaisance, dans un humour franchement sadique.
— Oui. C’est-è -dire qu’il y a la mort de ces enfants pygmées que j’ai vue, avec mes yeux. Comment survivre à cette vision hallucinante ? Ça ne peut pas être léger, ou modéré, la sensation qu’on ressent devant cette injustice, elle est profonde, extrême. Après, oui, il faut trouver une sortie, et dans le rire, bon, c’est souvent l’outrance qui ramène le minimum de légèreté...

— Vous ne craignez pas que le premier degré n’efface le deuxième, et qu’on sorte en oubliant les questions que vous vouliez soulever au début ?
— Il faut rire, il faut qu’on réussisse à rire ensemble des sujets les plus douloureux. Mon histoire m’a amené à croiser le regard de cette femme qui allaitait un enfant mort en me souriant. Et je dois répondre avec mon genre, mon style, au sentiment qui m’habite à ce moment-là . Après, que des gens le reçoivent au premier ou au deuxième degré, vous savez, le degré le plus difficile, c’est celui de la réalité...

N’importe quel étudiant en journalisme connaît le poids de la position de l’intervieweur dans la conduite d’une interview : empathique ou contradicteur, bienveillant ou plus vicieux, c’est lui qui pose les questions, donc dans une large mesure amène les sujets. Et aussi déterminant, le poids du montage et du travail de transcription : nettoyage et reformulation écrite d’une pensée en train de s’inventer, donc parfois hésitante, qui se répète ; suppression des morceaux jugés non dignes d’intérêt, tentation de la censure ou de l’atténuation, parfois ; au contraire, mise en valeur des morceaux saignants ; titre et intertitres, choix de la conclusion... L’idée d’une retranscription brute, et fidèle en soi parce que brute, elle, est une fiction : il y manque les intonations, les accélérations, les froncements de sourcils, l’oel qui sourit, les marqueurs de l’ironie, bref les intentions du locuteur. Toute interview à lire est donc aussi la recherche d’une équivalence, une traduction, donc une réécriture. Ceci pour préciser que l’entretien avec Dieudonné, proposé dans son intégralité sur le site de la Bellone, a très normalement été relu par l’intéressé. A vous maintenant de vous forger un avis. Mais c’est sans doute déjà fait...

Notes

[1Il est d’ailleurs une loi amusante, formalisée par Mike Godwin en 1990, qui veut que plus un échange d’idées dure sur un forum de discussion, plus la probabilité d’y trouver une comparaison avec les nazis ou avec Hitler s’approche de un. Dans le folklore Internet, on dit alors qu’on a atteint le « point Godwin » de la discussion, autrement dit, que tout échange est devenu impossible.

[2Quotidien israélien, dont Nadine et Michel Ghys, très talentueux traducteurs bénévoles, assurent la diffusion d’une sélection d’articles par courriel.

[3Moins parce qu’elle cacherait un antisémitisme latent que parce qu’elle me semble nous éviter, à bon compte, de devoir questionner la manière dont nous-même, c.-è -d. l’Europe, gérons les questions liée à l’immigration et la démographie – chacun ses murs, en somme, et je rêve d’un texte qui serait titré « Nous sommes tous des Israéliens ».

[4Le passage incriminé, Charlie Hebdo, 2 juillet 2008 : « Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »

[5Du nom de ce professeur de philosophie qui, après s’être fendu d’un texte franchement raciste sur l’Islam (pas raciste parce que critique envers l’Islam mais raciste parce que truffé d’amalgames), aurait suscité l’une ou l’autre menaces de mort sur Internet, qui l’ont conduit à aller vivre quelque temps en résidence surveillée (et à hanter les plateaux télévisés).

[6Laurent Joffrin, édito de Libération, 25 juillet 2008.

[7Sans point d’interrogation s’il vous plaît... Le Vif-l’Express du 29 août 2008.