Visages et Paroles

Noirs jaunes rouges, tous les hommes sont pareils en maillot

Luc Malghem, exposition, photos : Marc Detiffe, 2002

Le Mrax et la Ligue des droits de l’Homme souhaitaient, à travers ce projet, témoigner de cette période particulière (l’après 11 septembre 2001), en confiant à un photographe et à un auteur le soin de croiser leurs subjectivités, pour une galerie de portraits.


Les 40 photographies de Marc Detiffe confrontent le visiteur à une certaine image de lui-même, à l’idée qu’il se fait des gens qu’il croise dans sa vie. Le portrait photographique est donné comme une invitation à réfléchir sur le regard que nous posons sur les autres, la manière dont nous les « classons » dans notre répertoire personnel de préjugés : jeunes, vieux, policiers, conducteurs de la STIB, employés de la Poste, banquiers, médecins, étrangers, femmes...

Quant aux textes de Luc Malghem , rédigés sur base de conversations avec les personnes photographiées, ils déclinent avec humour des points de vue divergents, certains d’une touchante bonne volonté, d’autres d’une lucidité plus froide, mais qui, tous ensemble, rendent compte de la complexité de la relation à l’Autre.

« Souvent, j’ai l’impression que je devrais être sociologue, psychologue, ethnologue, historienne, politologue, pour démonter tous les préjugés que les médias nous déversent » nous faisait remarquer Malika, une des quarante personnes à s’être prêtées au jeu.

Ce pourrait être la phrase programme de cette exposition...

Des portraits qui parlent, à Bruxelles

Une vieille femme en maillot de bain, un jeune Maghrébin fumant une cigarette, un homme derrière son bureau, une pharmacienne fouillant dans ses tiroirs, un jeune peintre... Visages diversifiés, personnes et personnages qui n’ont rien en commun. Apparemment. Et pourtant, un thème les réunit. Sous leur portrait en papier glacé, des mots : leur avis sur la peur de l’autre, sur le rejet, sur leurs expériences personnelles du racisme.

Mise en place par le Mrax (Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie) et la Ligue des Droits de l’Homme, la très belle exposition « Visages et paroles » interpelle tout un chacun. Pas seulement les amateurs d’art. Ce sont des gens comme vous et moi, lâche un paisible retraité. Le vieil homme n’était pas venu à l’administration communale de Bruxelles dans le but de voir une expo, et le voilà pourtant scotché devant des photos presque malgré lui.

C’est dans la très fréquentée salle des guichets que sont exposées les photographies de Marc Detiffe et les textes de Luc Malghem : Dans cette salle, les gens sont obligés d’attendre, alors nous leur proposons une expo pour patienter et réfléchir, explique un membre du Mrax. On a voulu rendre l’exposition proche des gens.

« Cela ne transformera pas les avis les plus tranchés »

Proche au point de présenter des photos de monsieur et madame Tout-le-Monde. Pas de cas extrêmes, juste des personnes ordinaires photographiées dans leur environnement. Et un texte. Quelques phrases retravaillées par l’écrivain Luc Malghem. Drôles, touchantes, dures ou révoltantes, elles tentent de mettre à jour la complexité du raisonnement de chaque interrogé.

L’exposition est née, tout naturellement, à la suite de la campagne de sensibilisation « La haine, je dis non », qui proposait déjà des portraits de Marc Detiffe. Le photographe a ensuite proposé de faire mûrir l’idée, d’accompagner ses photos d’un texte et de les présenter à des personnes qui ne lisent pas ou peu les journaux du Mrax ou de la Ligue des Droits de l’Homme. Luc Malghem a ensuite rencontré chacune des quarante personnes photographiées pour comprendre et cerner leur avis. Photos et textes réunis permettent ainsi de rendre compte de la complexité de la relation à l’Autre.

Sur place, un membre du Mrax est présent en permanence. Il guide, explique la démarche de l’exposition aux plus curieux et fait parfois face à quelques réactions surprenantes : Il y en a un qui est sorti d’ici en disant : « Franchement, ces étrangers, ils exagèrent ! ». C’est clair, l’exposition ne transformera pas les avis les plus tranchés. Elle touchera davantage les personnes aussi ordinaires que celles qui y sont présentées.

N. P., Le Soir, jeudi 3 octobre 2002

Exposition « La haine, je dis non ! : Visages et paroles », jusqu’au vendredi 11 octobre, 6 boulevard Anspach, salle des guichets, 2e étage, 1000 Bruxelles. Infos : 02-209.62.80.